"Les grands ne sont grands que parce que nous sommes à genoux:
Levons-nous!"

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Bilan de l'affaire Garaudy/abbé Pierre

(janvier-octobre 1996)


L'affaire Garaudy a commencé en janvier 1996 et celle de l'abbé Pierre en
avril de la même année. Les deux affaires, confondues, ont occupé une place
importante dans les médias jusqu'à la rétractation de l'abbé Pierre,
annoncée le 23 juillet. Leur retombée principale est constituée par deux
articles de l'historien Jacques Baynac publiés le 2 et le 3 septembre dans
Le Nouveau Quotidien de Lausanne.

Il est regrettable que Roger Garaudy et l'abbé Pierre n'aient pas manifesté
plus de courage. Dès qu'en France la tempête médiatique s'est élevée contre
eux, ils ont commencé à battre en retraite. Leurs moyens financiers et les
multiples appuis dont ils bénéficiaient depuis des années à l'étranger leur
ont permis, pendant un certain temps, de s'absenter de France, l'un pour
les pays arabes et l'autre pour l'Italie et la Suisse. On ne leur en
tiendra pas rigueur. Il faut savoir la violence de ces tempêtes; les plus
vigoureux y prennent peur; à plus forte raison, des hommes de leur âge.

Jusque-là, tous deux avaient connu, dans leur vie respective, quelques
rudes épreuves. Ils savaient ce qu'est la haine, d'autant plus que, l'un
comme l'autre, ils avaient, pour leur part, pratiqué la haine de l'ennemi.

R. Garaudy a, en effet, longtemps considéré les anti communistes et même
les antistaliniens comme des sous-hommes et l'abbé Pierre a, dans son
activité politique, fait la preuve d'un remarquable manque de charité à
l'égard de ses adversaires. Mais, enfin, la vie avait fini par choyer ces
deux hommes. Or, là, soudain, en 1996, le ciel leur tombait sur la tête.
Et, manifestement, ils en étaient, au plein sens du mot, atterrés.

La première édition du livre de R. Garaudy

En décembre 1995, Pierre Guillaume, responsable de la revue La Vieille
Taupe, publie, de R. Garaudy, Les Mythes fondateurs de la politique
israélienne. Il le fait avec toutes sortes de précautions, pour éviter les
foudres de la loi Fabius-Gayssot (ou lex Faurissonia). Le livre est vendu
hors commerce comme un bulletin confidentiel réservé aux Amis de la
Vieille Taupe; alors que toute la partie révisionniste du livre est
faite d'emprunts manifestes à mes propres textes, mon nom est soigneusement
évité ; il n'apparaît qu'une fois (p. 119), et encore seulement comme celui
d'un professeur victime de la répression antirévisionniste mais sans qu'on
sache au juste pourquoi : ni un livre, ni un article de ce professeur ne
sont cités.

Les considérations religieuses et politiques du livre de R. Garaudy peuvent
froisser certains adeptes de la religion juive et la plupart des
sionistes; mais les pages qui déchaînent, en France d'abord, puis, dans
une bonne partie du monde occidental, l'ire des organisations juives et des
médias sont les quelque 75 pages d'inspiration révisionniste qui occupent
le c ur de l'ouvrage (p. 72-147). Elles portent sur le mythe de la
justice de Nuremberg, sur la solution finale, sur les
témoignages, sur les procès, sur l'arme du crime (c'est-à-dire
les chambres à gaz nazies) et sur le mythe de l'Holocauste. Sur les
chambres à gaz, c ur du c ur de ce sujet brûlant, l'auteur exprime son
doute et même [son] scepticisme (p. 135). Ces 75 pages ont été écrites
hâtivement; elles se composent de pièces disparates; l'exposé est plutôt
décousu; les négligences foisonnent; il y a aussi des erreurs, notamment
sur David Irving qui, l'auteur aurait dû le savoir, ne peut servir de
référence ni sur l'Holocauste puisque D. Irving n'a jamais étudié le
sujet, ni sur le Journal d'Anne Frank puisque l'historien anglais n'en a
jamais fourni la moindre analyse et qu'il est allé jusqu'à prendre à son
compte la rumeur, fondée sur une grossière méprise, selon laquelle le livre
avait été écrit par un certain Meyer Levin!

Mais, tel quel, avec toutes ses insuffisances, le livre de R. Garaudy ne
pouvait qu'inquiéter les organisations juives, qui n'avaient déjà que trop
tendance à voir des révisionnistes surgir de partout et qui découvraient là
un homme dont les opinions politiques - il avait été un apparatchik
stalinien des plus orthodoxes - ne pouvaient tout de même pas être
qualifiées de fascistes. R. Garaudy avait aussi été protestant, puis
catholique avant de devenir musulman dans les années quatre-vingt et, à ces
divers titres, il s'était montré un adversaire de tout racisme.

La seconde édition remaniée

Le Canard enchaîné et Le Monde ouvrent le feu en janvier 1996. Des
organisations antiracistes portent plainte. Une bonne partie de la presse
française et de la presse internationale se fait alors l'écho de
l'affaire Garaudy.

Le 11 mars, P. Guillaume, agissant pour le compte de R. Garaudy, s'efforce
d'obtenir de son imprimeur habituel l'impression - qu'il avait annoncée
dans le bulletin de La Vieille Taupe - d'une édition, publique cette
fois-ci, des Mythes fondateurs de la politique israélienne. Pour une raison
que j'ignore, l'imprimeur refuse le travail. C'est alors que R. Garaudy
décide de publier son ouvrage en samiszdat.

Le 3 avril, P. Guillaume remet au dépôt légal un exemplaire de ce
samiszdat. Doté d'un avant-propos ainsi que d'une annexe contenant, en
particulier, une liste des ouvrages du même auteur improprement appelée
bibliographie , le texte original a été remanié de manière à en atténuer
le caractère révisionniste. Mais rien n'indique au lecteur qu'il s'agit
d'une édition remaniée. Des passages ont été retranchés, d'autres ajoutés,
d'autres enfin récrits. Dans les pages 119-120 de la première édition, neuf
alinéas avaient été consacrés à la politique de silence ou à la persécution
subies par les principaux révisionnistes; et c'est là, comme je l'ai dit
plus haut, que mon nom figurait pour une seule et unique fois avec ceux
d'Arthur Butz et de Wilhelm Stäglich; dans les pages 134-135 de la seconde
édition, ces neuf alinéas disparaissent pour laisser place au récit des
tribulations, en vérité bien légères, vécues par l'auteur lui-même, d'abord
en 1982-1983 pour une prise de position en faveur des Palestiniens et, en
ce début de l'année 1996, pour la publication des Mythes fondateurs en
livraison hors commerce de la Vieille Taupe. Les noms de Butz, Stäglich et
Faurisson disparaissent totalement du livre. Quant au nom de Serge Thion,
il n'apparaît ni dans la première ni dans la seconde édition, ce qui, pour
un ouvrage révisionniste publié par la Vieille Taupe, constitue une
anomalie.

Dans la première édition, R. Garaudy avait opté pour l'orthographe de
médiat(s) avec un t (signe de ralliement des révisionnistes amis de
la Vieille Taupe, avait décrété P. Guillaume); dans la seconde édition, il
rétablit l'orthographe consacrée par le bon usage avec média(s) sans t.
Manifestement, il ne veut pas montrer qu'il est en bons termes avec
l'éditeur révisionniste.

L'abbé Pierre entre en scène

Le 15 avril, l'abbé Pierre adresse à son ami Garaudy (Très cher Roger )
une longue lettre de soutien. Seuls des extraits en paraîtront çà et là et
il faudra attendre le mois de juin pour en connaître l'intégralité (voy.,
ci-dessous, Droit de réponse, de R. Garaudy).
Les passages suivants m'en paraissent intéressants:

"De ton nouveau livre il m'est impossible de parler avec tous les
soins que réclament non seulement son sujet fondamental, mais aussi
l'étonnante et éclatante érudition, scrupuleuse, sur laquelle chaque
propos se fonde comme j'ai pu le constater en le parcourant. - Autour de
moi quelques personnes dont les exigences et la compétence sont grandes
et qui l'ont entièrement lu me disaient l'importance de ce qu'elles en
ont reçu. - Il faut tout faire, et je m'y emploie, pour que bientôt des
historiens vrais, de la même passion du vrai qui est la tienne,
s'attachent à en débattre avec toi. - Les insultes contre toi que j'ai pu
connaître [ ] sont déshonorantes [ ].

- Nous entendons dire une intention du Pape, en l'an 2000 (sera-ce
le même Pape?) de confesser les fautes historiques [contre les juifs]
qui ont >accompagné le zèle des missions chrétiennes. - Puisse [le Pape,
dans sa future déclaration] ne pas sous-estimer la part prise dans
l'antisémitisme avec les mots peuple déicide, ce qui est insensé car
c'est pour tous les peuples, pour tous les humains que Jésus s'est offert
en rançon!

- [ ] retiens de ces lignes [ ] la force et la fidélité de mon
affectueuse estime et de mon respect pour l'énorme travail de ton nouveau
livre. Le confondre avec ce qui fut appelé révi sionnisme est une
imposture et [une] véritable calomnie d'inconscients."



Il ressort de cette lettre que l'abbé Pierre n'a pris connaissance du livre
de son ami qu' en le parcourant et qu'il se distingue par là de ceux
qui l'ont entièrement lu, ce qui est son droit; on a, en effet, le
droit de porter un jugement sur un livre après l'avoir seulement parcouru,
si on avoue précisément ne l'avoir pas lu dans son intégralité. Mais l'abbé
paraît naïf ou aveugle quand il en vient à parler d' énorme travail et
d'une uvre totalement étrangère au révisionnisme; il est possible
que, pour lui, les révisionnistes ne soient qu'une catégorie de nazis
contestant - qui sait ? - l'existence des camps de concentration; en
réalité, le c ur de l'ouvrage est d'inspiration exclusivement
révisionniste.

Le passage consacré à une possible déclaration du Pape est important. Il
prouve que l'abbé Pierre n'est nullement antijuif et qu'on ne saurait en
aucun cas l'accuser - comme on le fera si souvent par la suite - d'être une
sorte de catholique rétrograde qui n'aurait pas su se dégager d'un
enseignement reçu dans sa jeunesse et imprégné d'antijudaïsme religieux.

L'abbé Pierre sur l'avant-scène

Le 2 février, le journal La Croix publie, sous la signature de Michel
Crépu, un article intitulé: Terminal Garaudy. L'abbé Pierre est ulcéré
de l'agression ainsi commise contre son très cher ami Garaudy.
Le 18 avril, au cours d'une conférence de presse, R. Garaudy révèle, avec
son défenseur, Me Jacques Vergès, le nom de quelques-unes des personnalités
dont il a obtenu le soutien; parmi celles-ci figurent le père Michel
Lelong, l'essayiste suisse Jean Ziegler ainsi que l'abbé Pierre.

Nicolas Weill rapporte, en son style, cette information dans Le Monde daté du
20 avril (paraissant, à Paris, dans l'après-midi du 19).

J'envoie immédiatement, par fax du 19 avril, au Monde, à Libération et à
l'Agence France-Presse le communiqué suivant:

COMMUNIQUÉ DE PRESSE
Je prends connaissance, dans Le Monde daté du 20 avril, de l'article de
Nicolas Weill intitulé L'abbé Pierre soutient les aberrations
négationnistes de Roger >Garaudy .
A supposer que N. Weill dise vrai, voici mes réactions au contenu de cet article:

1. Je me réjouis de ce que tant de personnes, depuis quelques mois,
volent au secours de la victoire révisionniste ;

2. Je déplore qu'il ait fallu attendre 1996 pour que ces personnes
commencent à entrevoir ce qui, dès 1979, aurait dû être, pour tout le
monde, d'une clarté aveuglante : le prétendu génocide des juifs perpétré
notamment grâce aux prétendues chambres à gaz nazies n'est qu'un mensonge
historique ; je rappelle que j'avais souligné le caractère techniquement
impossible de ces prétendus abattoirs chimiques; or, dans Le Monde du
21 février 1979, trente-quatre historiens français se réunissaient pour
signer une déclaration commune qui valait acte de reddition; ils me
répondaient piteusement: Il ne faut pas se demander comment,
techniquement, un tel meurtre de masse a été possible. Il a été possible
techniquement puisqu'il a eu lieu;

3. J'attends que, selon l'usage, les personnes mises en cause par
l'article de N. Weill viennent prétendre qu'elles n'ont pas dit ce
qu'elles ont >dit, qu'elles n'ont pas écrit ce qu'elles ont écrit ;
j'attends que ces personnes se livrent à des suren chères d'antinazisme (quel courage !);

4. Je trouve que ces personnes continuent de tourner autour du sujet.
Il >faut appeler un chat un chat: ce génocide et ces chambres à gaz sont
une imposture. J'ajoute que, si j'étais juif, j'aurais honte à la pensée
que, pen dant plus d'un demi-siècle, tant de juifs ont propagé ou laissé
se propager une pareille imposture, cautionnée par les grands médias du
monde entier.


R. Faurisson

Dès le lendemain et dans les jours suivants, les cinq intéressés
(R. Garaudy, abbé Pierre, Jacques Vergès, Père Lelong et J. Ziegler)
battent en retraite. R. Garaudy dénonce l'horreur absolue du nazisme et
précise qu'il ne faut pas parler d'Holocauste parce que cela
signifierait que Dieu est responsable du massacre des juifs alors que seuls
les nazis en sont responsables; d'ailleurs, ces derniers n'ont-ils pas
provoqué 50 millions de morts? L'abbé Pierre dit qu'on a exagéré le nombre
des morts d'Auschwitz puisque le chiffre de 4 millions a été officiellement
remplacé par celui de 1 million (le Musée d'Auschwitz a opté pour le
chiffre de 1 500 000) mais il dénonce les négationnismes et
révisionnismes comme tromperies intellectuelles et morales qu'il faut à
tout prix combattre. J. Vergès déclare à propos du livre de R. Garaudy:
Qualifier ce livre de négationniste est une imposture. Le Père Lelong
prendra, à son tour, ses distances. J. Ziegler déclare que le
révisionnisme est une infâme connerie.

L'abbé Pierre, tout en multipliant actes de contrition et protestations de
bonne foi, tient des propos qui irritent la Ligue internationale contre le
racisme et l'antisémitisme (LICRA), présidée par Pierre Aidenbaum. Il
conserve sa confiance à son ami R. Garaudy et souhaite un colloque
rassemblant des personnes d'opinions différentes. Il se dit assuré que, si
l'on apporte la preuve à son ami qu'il s'est trompé, celui-ci reconnaîtra
son erreur.

Velléités de résistance de l'abbé Pierre

Le 27 avril, l'hebdomadaire Le Point publie un article bien informé sur le
révisionnisme et sur toute l'affaire. Il cite un extrait de mon communiqué
de presse du 19 avril. L'article se termine sur une phrase de l'abbé Pierre
parue dans La Croix: Ne plus pouvoir dire un mot relatif au monde juif à
travers les millénaires sans se faire traiter d'antisémite, c'est
intolérable.

Le Grand Rabbin Sitruk suggère un débat sur la Shoah. Immédiatement, Henri
Roques et moi-même lui signifions publiquement notre accord. Le lendemain,
il retire sa suggestion.

Le 29 avril, Libération titre: L'abbé Pierre refuse de condamner les
thèses néga tionnistes de Garaudy. Effectivement, le vieil homme a un
sursaut. Il dit de la LICRA et d'autres groupes: Ils n'acceptent
absolument pas le dialogue, contrairement à Garaudy. On lui demande:
Vous n'êtes pas choqué qu'un négationniste comme Faurisson se soit
"réjoui" de votre soutien à Garaudy ? Il répond: Vous me l'appre nez.
Bien entendu que ça me fait mal. [Faurisson] représente tout l'opposé de
mon engagement, de ma vie. L'abbé fait allusion, du moins est-ce
probable, autant à mon athéisme qu'à mon révisionnisme. Il dit qu'à
l'aéroport de Bruxelles il a vu, pour la première fois depuis longtemps,
des gens venir spontanément à sa rencontre pour le remercier; ces gens lui
ont dit: Merci, parce que vous avez eu le courage de mettre en cause un
tabou. Il ajoute qu'il est convaincu qu'il y a une espèce de "Ouf !":
le tabou est levé! On ne se laissera plus traiter d'antijuif ou
d'antisémite si on dit qu'un juif chante faux! Il ajoute: Une fois la
tornade passée, beaucoup de Français moyens diront : "Il nous a aidés à y
voir plus clair".

Offensive généralisée contre l'abbé Pierre

En un premier temps, la hiérarchie catholique déclare qu'elle ne veut pas
être entraînée dans la polémique. Puis, la conférence épiscopale déplore
l'attitude de l'abbé Pierre et réaffirme que l'extermination des juifs est
un fait incontesté; elle dénonce le scandale que constitue toute remise en
cause de la Shoah.

R. Garaudy, en état de détresse, conjure l'abbé Pierre, par de
multiples appels téléphoniques, de lui venir en aide.
Le 1er mai, P. Guillaume me téléphone pour me lancer un appel au secours:
R. Garaudy a besoin d'urgence d'un document. Je lui réponds que son mandant
n'a qu'à me réclamer lui-même cette pièce. Il ne le fera pas, me dit
P. Guillaume à deux reprises. Je lui exprime mon étonnement d'être ainsi
traité et de n'avoir pas même reçu un exemplaire des Mythes fondateurs. Je
lui signale que, comme il le sait, ce livre n'est, pour la partie
révisionniste, qu'une compilation de mes écrits. C'est évident, me
dit-il. Plus tard, le 9 mai, lors d'une émission de Radio Courtoisie, à une
auditrice qui dira: Le rapport de Faurisson à Garaudy, c'est le rapport
d'un volé à un voleur, il répondra: Ben Tout le monde le sait!

Le 2 mai, Jean-François Kahn choisit pour titre de sa chronique de
L'Événement du jeudi: Comment, avec l'abbé Pierre, on sert la soupe à Le
Pen et à Faurisson. Le même jour, la presse quotidienne annonce que la
LICRA vient d'expulser l'abbé Pierre de son comité d'honneur.
Le 9 mai, dans Libération, Jean-Luc Allouche déclare que R. Garaudy, l'abbé
Pierre et R. Faurisson n'ont qu'une visée: frapper encore et toujours
d'illégitimité l'État d'Israël. Il cite un extrait de mon introduction,
datée d'août 1989, au second Rapport Leuchter:

"A l'avenir, les tenants de l'Holocauste conserveront leur argent, leur
puissance, leur capacité de produire des films, de célébrer des
cérémonies, de construire des musées: des films, des cérémonies, des
musées de plus en plus vides de sens. Ils multiplieront les moyens de
répression contre les révisionnistes par les coups et blessures, les
campagnes de presse, les procès, le vote de lois spéciales. Ils
multiplieront aussi, cinquante ans après la guerre, les poursuites contre
ceux qu'ils appellent les criminels de guerre. Les révisionnistes, eux,
leur répliqueront par des études historiques ou des ouvrages
scientifiques et techniques. Ces ouvrages, ces études seront nos pierres,
notre Intifada."



Le 9 mai, l'Américain Joseph Sobran écrit: If [abbé Pierre] had denied
the divinity of Christ, the press would be hailing him for his fierce
independence of mind (Si [l'abbé Pierre] avait nié la divinité du Christ,
la presse l'acclamerait pour sa farouche indépendance d'esprit) (The
Wanderer).

Le 9 et le 16 mai, dans National Hebdo, le dessinateur Konk publie deux
dessins qui reflètent bien l'actualité; l'un montre les gardiens de la
vérité officielle observant à la jumelle un amas de béton sous lequel on
avait cru enterrer le révisionnisme, mais le sarcophage montre des
fissures; il menace d'exploser et de contaminer le monde entier; l'autre
montre des gardiens de cimetière passant devant trois tombes, celles de
Faurisson, de Garaudy et de l'abbé Pierre, tandis que l'un des gardiens
souffle à l'autre: C'est le coin des enterrés vivants . L'angoisse des
censeurs est là: malgré de formi dables campagnes de presse, malgré les
procès, malgré les violences physiques, le révi sionnisme historique
persiste et même se développe. Les belles consciences commencent à
s'interroger sur l'utilité de la loi Fabius-Gayssot, véritable cadeau
pour les révisionnistes (sic).

Le 13 mai, les mouvements Emmaüs France et Emmaüs International font
paraître, à grands frais, un communiqué où le Mouvement Emmaüs indique
que toute caution, d'où qu'elle vienne, apportée aux thèses
révisionnistes lui est intolérable et déplore que l'homme du combat
total et généreux ait été conduit hors du terrain qui est le sien et
qui est le nôtre.

R. Garaudy cherche des appuis

R. Garaudy annonce qu'il a des amis rabbins et que l'un d'eux, le rabbin
Elmer Berger, âgé de 88 ans, vivant en Floride, a écrit un texte qui sera
une très bonne préface pour mon livre lorsqu'il sera publié aux
États-Unis (Tribune juive, 16 mai). Il cherche également refuge auprès de
ses amis arabes.

François Brigneau signe, le 16 mai, dans National Hebdo, un article sur
Le samiszdat de Garaudy où il esquisse un tableau de l'incessante
persécution subie en France par les écrivains affligés du stigmate de
l'extrême droite. Au passage, il note: Je ne reviendrai pas sur le
fond du livre. M. Garaudy n'est pas de notre paroisse. Certains aspects de
son ouvrage sont déplaisants. Je pense à l'exploitation qui est faite des
découvertes du professeur Faurisson (en particulier sur l'histoire d'Anne
Frank), de ses travaux d'investigation et de l'ensemble de son uvre qu'il
a payée si cher, alors que Garaudy ne lui consacre [dans la première
édition de son livre] que trois lignes, en passant C'est assez pénible.

Le 23 mai, Libération fait état d'un éditorial d'Al-Ahram, journal au nom
prestigieux, considéré comme la voix officieuse du pouvoir égyptien. Ce
journal se dit fier d'avoir accueilli dans ses pages R. Garaudy, auteur
d'un livre poursuivi en France, et il souligne qu'une campagne
médiatique a interdit [à ce dernier] d'exprimer ouvertement son point de
vue. Dans son éditorial, ce journal reproche à Libération ses procédés
de propagande sioniste à l'égard de R. Garaudy alors que le même
Libération défend le droit de Salman Rushdie d'attaquer l'Islam.

Le 31 mai, R. Garaudy envoie à ses amis une lettre circulaire qui commence
ainsi: Chers amis, Je vous remercie de la confiance que vous m'avez
témoignée à propos de mon livre Les Mythes fondateurs de la politique
israélienne dans lequel vous n'avez trouvé nulle trace de "négationnisme".
- Ceux qui m'ont accolé cette étiquette barbare, ou bien n'ont pas lu mon
livre ou bien l'ont fait avec une mauvaise foi délibérée.

Le même jour, Le Figaro publie des extraits d'une interview de R. Garaudy.

A en croire le journaliste Élie Maréchal, voici une question et sa
réponse: Pourquoi avez-vous publié à La Vieille Taupe [publicateur de
R. Faurisson] la première édition de votre livre [ ] ? - Par nécessité.
Mais je ne connaissais pas cet éditeur. Sinon, je ne me serais jamais lié
avec lui. Mais, les murs de la grande presse étant ce qu'on sait, on
peut douter que R. Garaudy soit allé aussi loin dans le reniement.
Le 29 mai, la presse avait annoncé: L'abbé Pierre a quitté
définitivement la France pour un monastère italien . R. Garaudy va rendre
visite à l'abbé Pierre au monastère de Praglia. Il déclare à la presse que
ce dernier a enfin trouvé le temps de lire son livre: Cette lecture a
conforté [l'abbé Pierre]. Il a constaté qu'aucun article paru dans la
presse n'a réfuté mes thèses .
Mais l'affaire va soudain s'aggraver.

L'abbé Pierre déclare au Corriere della Serra (selon Le Figaro,
1er/2 juin): L'Église de France est [ ] intervenue pour me faire taire
sous la pression de la presse, inspirée par un lobby sioniste
international. La formule provoque un hourvari à travers le monde.
Au mois de juin, les journalistes Michel-Antoine Burnier et Cécile Romane
publient un opuscule, Le Secret de l'abbé Pierre (éditions Mille et Une
Nuits) où ils révèlent que, près de trois ans auparavant, le 27 mars 1993,
ils ont eu un entretien avec l'abbé Pierre, à son lieu de résidence, et
cela en présence des juifs Bernard Kouchner et Marek Halter. Il s'agissait
de recueillir et de mettre en forme les dialogues de l'abbé Pierre et de
son ami B. Kouchner pour le livre Dieu et les hommes (Laffont, 1993). Or,
l'abbé Pierre leur avait déjà tenu sur certains livres de l'Ancien
Testament et sur le sionisme les propos les plus sévères. Les deux
journalistes avaient censuré ces propos dans leur livre. Censeurs et fiers
de l'être, ils déclarent aujourd'hui qu'à l'époque ils ont fait leur
travail de journalistes responsables. Ce qui leur permet d'administrer une
leçon de morale à l'abbé Pierre et aux révisionnistes.

R. Garaudy cherche refuge dans la surenchère

Paraît également au mois de juin un autre opuscule: Droit de
réponse/Réponse au lynchage médiatique de l'abbé Pierre et de Roger Garaudy
(samiszdat R. Garaudy). R. Garaudy, faisant le point sur ce qu'il affirme,
sur ce qu'il conteste et sur ce qu'il nie, dit que son révisionnisme
s'apparente simplement à celui d'historiens orthodoxes comme François
Bédarida. Pour ce qui est des chambres à gaz, il rappelle qu'aucun tribunal
n'a cherché à examiner l'arme du crime, qu'il y a le Rapport Leuchter ainsi
que les contre-expertises de Cracovie et de Vienne et qu'il s'étonne
que ces rapports n'aient pas fait l'objet d'une publication et d'un débat
ouvert. Il ajoute: Alors qu'est-ce que je nie? - Ce que je nie, c'est
le droit que s'arrogent les sionistes de minimiser les crimes d'Hitler en
les réduisant à l'incontestable persécution des juifs. Sa volonté
d'expansion a fait 50 millions de morts, dont 16 millions de Slaves, russes
ou polonais, comme le rappelait à Miami le Pape Jean-Paul II.

Ainsi qu'on le constate, R. Garaudy pratique dans l'antinazisme une surenchère
identique à la surenchère dans l'antiracisme dont se délectait l'avocat
J. Vergès au procès de Klaus Barbie, à Lyon, en 1987; J. Vergès, lui, s'en
était pris à la France qui, disait-il, se permettait de condamner le
racisme de K. Barbie alors qu'elle avait pratiqué, elle-même, un racisme
criminel contre les peuples coloniaux noirs, jaunes ou arabes.

En annexes de son opuscule, R. Garaudy ne craint pas de reproduire Le
témoignage d'un pasteur protestant (p. 33-34) et Le cri d'un déporté
(p. 35-36). Du pasteur Roger Parmentier, il retranscrit la phrase suivante,
sans l'assortir de la moindre réserve ou correction: On appelle
"négationnistes" les nazis d'aujourd'hui qui veulent réviser l'Histoire
pour donner raison aux nazis d'hier. Et le pasteur d'ajouter: On ne me
fera jamais croire (après lecture des déclarations de l'abbé Pierre et du
livre de R. Garaudy) que ces frères se sont convertis au nazisme . Quant
au déporté, il écrit, dans le même esprit de surenchère que R. Garaudy
lui-même: Que les journalistes sachent une chose: la très grande
majorité des déportés dans les camps nazis n'ont pas été les juifs, bien
que tous les médias aient accrédité la thèse que seuls les juifs ont été
déportés et exterminés . Et le déporté d'invoquer des chiffres
fantaisistes quant au nombre des soldats soviétiques, des Tziganes et des Polonais exterminés.

Une publication islamique prend la défense de R. Garaudy qui est allé
trouver ses amis musulmans hors de France; elle écrit: Garaudy n'a
jamais remis en question l'existence des chambres à gaz; il n'a jamais
tenté de falsifier ou de banaliser le génocide des juifs pendant la seconde
guerre mondiale. Les sionistes font là un mauvais procès à Garaudy, car la
seule chose que l'auteur conteste, c'est le nombre de juifs exterminés
(Le Message de l'Islam, juin 1996, p. 21).

P. Guillaume et R. Garaudy sont mis en examen pour la première édition des
Mythes. Au surplus, R. Garaudy est mis en examen pour la seconde édition
des Mythes et son Droit de réponse.

L'ultra-gauche en effervescence

Dans un petit ouvrage collectif publié en juin par des libertaires
(Libertaires et ultra-gauche contre le négationnisme, éditions Reflex,
juin 1996), on tient des propos confus sur - ou plutôt contre - les
libertaires ou les gauchistes qui ont, à un moment de leur vie, manifesté
leur sympathie pour le révisionnisme. L'avant-propos est signé de Gilles
Perrault qui, avec le plus grand sérieux, écrit que les négationnistes
ont reçu avec la loi Gayssot un inappréciable cadeau (p. 8); il dénonce
la crapule révisionniste (p. 9). Dans le corps de l'ouvrage,
P. Guillaume est traité de menteur, de pervers et de salaud
(p. 57) et on revient sur les procès qui, ironiquement, assurent aux
révisionnistes une véritable rente publicitaire inespérée (p. 60). Il
faut dire qu'on y dénonce aussi des témoins douteux comme Elie Wiesel
et que la LICRA y est accusée de détournement de cadavres au profit
d'Israël (p. 47); on s'en prend également à la littérature de gare
concentrationnaire des Bernadac, Steiner, Gray et compagnie qui fait appel
aux plus bas instincts pour se vendre [et] a fait beaucoup de mal à la
recherche historique (p. 66). La zizanie s'est mise dans les rangs de la
gauche et de l'ultra-gauche. Un auteur de romans policiers, Didier
Daeninckx, lève l'étendard de l'épuration antirévisionniste dans les rangs
des intellectuels de gauche. L'universitaire Philippe Videlier, fortement
enclin à la délation, reprend du service.

L'abbé Pierre lance son appel du 18 juin

Un sondage réalisé par Louis Harris pour le magazine lyonnais Golias les 7
et 8 juin fait apparaître que l'abbé Pierre, comme le dit Libération
(11 juin), garde la cote chez les catholiques. Le livre de R. Garaudy
se vend bien, malgré les difficultés de diffusion. Toutefois, en Suisse, il
est saisi et séquestré chez un libraire de Montreux, Aldo Ferraglia, sur
ordonnance d'une jugesse d'instruction de Lausanne, Valérie Barth. Par la
même occasion, cette personne pousse le zèle jusqu'à faire saisir également
deux livres dont je suis l'auteur, qui ont été publiés en 1982 et 1983 et
n'ont jamais été l'objet de plaintes ou de condamnations en France ou
ailleurs ; elle réserve le même traitement au livre de François Brigneau:
Mais qui est donc le professeur Faurisson?; elle prend enfin l'initiative
d'envoyer des policiers dans des librairies pour mettre en garde les
libraires contre la vente de tout ouvrage révisionniste. Or, il se trouve
que l'abbé Pierre a quitté l'Italie pour la Suisse. De Zermatt, le
18 juin, il envoie à un journaliste du Monde un fax de douze pages
intitulé: Vivre la vérité.

Ce journal a multiplié les articles les plus venimeux. L'abbé Pierre a, en
principe, le droit de répondre à ces articles. Les lecteurs du Monde
constatent, jour après jour, que leur quotidien ne publie aucun texte de
l'accusé. Un journaliste du Monde, avec l'accord de sa hiérarchie, fait,
enfin, miroiter à l'abbé la possibilité de publier un texte. L'abbé se met
au travail. En trois jours il compose ces douze pages dactylographiées
dont, fidèle à ses habitudes de censure vertueuse, le journal ne publiera
pas une ligne. Dans ce texte, l'abbé assure que son ami Garaudy, en
cinquante ans de dialogue [ ] n'a jamais cessé de crier l'horreur des
crimes, scientifiquement organisés par les nazis, surtout contre les
juifs. Il dit vivre la plus cruelle des épreuves de [s]a longue vie;
il parle de véritable lynchage, étonnamment simultané et identique, comme
sur commande (de qui?) de tous les médias; il dit: Jamais sans doute
je n'aurai tant eu mal, [tant été] calomnié, insulté, accusé
d'antisémitisme. Il fait état de ses bonnes relations avec Shimon Perès
et avec leur ami commun, André Chouraqui. Il proteste de son amour pour les
juifs qu'il considère comme une sorte d'élite, des ferments, dit-il,
mais il dénonce l'ivresse sioniste. Il ne parle quasiment pas du
contenu du livre de R. Garaudy. Il affirme: Pour moi, au monastère, j'ai
pu au calme lire et annoter le livre incriminé. N'ayant rien pu y trouver
de blâmable et me sachant bien peu savant, j'ai demandé aux Recteurs de
deux des plus grandes universités catholiques en Europe de bien vouloir
remettre le livre, traduit en leur langue, à trois maîtres hautement
spécialistes d'histoire, de théologie et de science biblique. Leurs avis
m'importeront plus que ceux de la LICRA, et aussi de quelques excellents
amis s'étant dits "atterrés devant le livre". L'abbé Pierre s'en prend
également à la loi Gayssot.

Le professeur Albert Jacquard, coqueluche de la gauche caviar, envoie au
Monde une lettre de soutien à l'abbé Pierre mais le journal en refuse la
publication.

Mgr Lustiger, cardinal-archevêque de Paris, d'origine juive, déclare à
l'hebdoma daire Tribune juive (édition du 20 juin) qu'il a vécu cette
polémique comme un immense gâchis; il adresse une sorte de blâme public
à l'abbé Pierre et dégage la responsabilité de l'Église. Plus tard, le
26 septembre, lors d'une soirée-débat sur la Shoah à la Sorbonne, il
déclarera: Le négationnisme est le type même du mensonge de l'homme qui
tue son frère pour fuir la vérité et son ami Elie Wiesel lui dira en
écho: Les négationnistes n'ont peut-être pas une âme.

L'offensive antirévisionniste

Dans sa livraison du 26 juin, Le Monde annonce que des mains anonymes ont
collé ces dernières nuits, sur le boulevard périphérique, à Paris, des
affiches interrogeant: "Et si l'abbé Pierre avait raison?".

Le 27 juin, la France découvre des affiches publicitaires de L'Événement du
jeudi reproduisant la page de couverture avec le titre: Holocauste/ La
victoire des révi sionnistes. Bien entendu, l'hebdomadaire déplore ce
qu'il appelle la victoire des révisionnistes; il s'agit là d'une
exagération car, plus que jamais, règne la terreur et les révisionnistes se
voient privés de tout moyen d'exposer publiquement leurs arguments et de
répondre aux innombrables attaques dont ils sont la cible. Quant à l'abbé
Pierre et à R. Garaudy, ils veillent, plus que jamais, à prendre leurs
distances d'avec ces révision nistes, qu'ils ont décrits ou laissé
décrire comme des suppôts du nazisme.

Le jour même où L'Événement du jeudi arbore ce titre, le tribunal de grande
instance de Bordeaux condamne le libraire bordelais Jean-Luc Lundi, père de
onze enfants, à un mois de prison avec sursis et 5 000 F d'amende pour
exposition et vente de livres révisionnistes. Assorti d'une mise à
l'épreuve de cinq ans, le jugement ordonne, en outre, la destruction des
livres saisis dans la boutique du libraire.

Le 16 juillet, Georges Piscoci-Danesco, réfugié politique de Roumanie,
tenant dans le quartier Latin la modeste Librairie du Savoir (5, rue
Malebranche, 75005 Paris) où peu vent s'acheter des ouvrages révisionnistes
et, notamment, celui de R. Garaudy, est blessé par des membres du Betar et
sa librairie est dévastée: 2 000 volumes (dont certains sont très rares)
se trouvent maculés au point d'en être rendus invendables; les dégâts -
dont l'assurance ne remboursera pas un franc - sont évalués à 250 000 F. Le
Betar jouit de la protection du ministère de l'Intérieur et, comme
d'habitude, rien n'est fait par la police pour interpeller les malfaiteurs
ou les criminels. Dans ces quinze dernières années, les troupes de choc
juives ont ainsi accumulé impunément plus de cinquante actions criminelles
aux conséquences les plus graves tandis que pas un seul antisémite n'a
touché un seul cheveu d'un seul juif (voy. Jewish Militants: Fifteen
Years, and More, of Terrorism in France, The Journal of Historical
Review, March/April 1996, p. 2-13).

La rétractation de l'abbé Pierre

Le 23 juillet, La Croix publie deux textes de l'abbé Pierre, datés du
22 juillet.

Le premier est une lettre adressée à R. Garaudy. L'abbé Pierre rappelle à
son ami dans quel état de détresse se trouvait ce dernier en avril:
Cher Roger, sûrement tu te souviens de l'état de détresse où tu te
trouvais en avril dernier lorsque, en de multiples téléphones, tu
m'appelais à l'aide. Il lui dit qu'à l'époque il ne savait
personnellement rien du révisionnisme et négationnisme. Il ne se
doutait pas alors du fol déchaînement de passion, à travers les médias
qui allait s'abattre sur tous deux. Il lui annonce que, pour sa part, il
doit cesser toute participation à ce cruel débat. Il lui conserve toute
sa confiance en sa sincérité mais, dit-il, conformément aux termes du
communiqué ci-joint, ma décision absolue et définitive est que, à dater de
ce jour, mon nom ne soit plus d'aucune façon lié au tien à propos de ce
livre.

Le communiqué adressé à La Croix est le suivant: Soucieux de Vivre la
Vérité, libre de toutes pressions, voyant mes propos relatifs aux travaux
de Roger Garaudy, spécialement le livre Les Mythes fondateurs de la
politique israélienne, exploités par des courants qui jouent dangereusement
avec les périls antisémites, que j'ai combattus et que je combattrai
toujours, je décide de retirer mes propos, m'en remettant entièrement aux
seules opinions des experts de l'Église, et, demandant pardon à ceux que
j'ai pu blesser, je veux laisser Dieu seul juge de la droiture des
intentions de chacun.
Il retire donc ses propos. Il bat sa coulpe. Il demande pardon et va
jusqu'à se dire libre de toutes pressions! C'est ce qu'il appelle, en
usant de majuscules, être sou cieux de Vivre la Vérité. Plus tard, il
dira au professeur Léon Schwartzenberg: Je te demande pardon (Le
Figaro, 22 août). Plus tard encore, il choisira une voie typique ment
médiatique pour essayer d'obtenir le pardon des juifs et son retour en
grâce auprès des médias. Dans sa livraison de Faits & Documents du
15 octobre, Emmanuel Ratier écrit en effet: L'abbé Pierre a vraiment
fait sa techouva (pénitence juive) quant à son soutien à Roger Garaudy. Il
sort avec le groupe Planet Generation Global Move, un groupe musical
engagé et humanitaire, un CD de quatre titres intitulé Le Grand Pardon.
Ce mini-CD, qui se veut une musique pour une conscience planétaire contre
tous les nationalismes, comporte aussi pour titres No Escape (abbé
Pierre/Dee Nasty, père du hip-hop en France), 2 Zion (King/MajaSutra) et
Kaï in ze sky (King). Dans sa livraison du 31 octobre au 6 novembre, Le
Nouvel Observateur reprend l'information; dans un article intitulé Le
rap du repentir, le magazine précise que le projet de ce CD a été conçu
par l'association Les Anges pressés et qu'il se veut une mise au
point hip hop sur l'affaire Garaudy.

Cependant, les maximalistes juifs se déclarent évidemment insatisfaits; la
rétracta tion de l'abbé Pierre ne les convainc pas. La confiance qu'il
maintient en la sincérité de son ami Garaudy laisse perplexes le Conseil
représentatif des institutions juives de France (CRIF) et la LICRA.

Les à-côtés de l'affaire

L'affaire Garaudy/abbé Pierre a créé l'habituel climat de chasse aux
sorcières entretenu par les médias en général et le journal Le Monde en
particulier. Pendant plusieurs mois se sont succédé en France toutes sortes
d'autres affaires du même genre, dont les victimes ont été soupçonnées
d'avoir commis le péché mortel de révisionnisme. Citons, à titre
d'exemples, l'affaire Olivier Pernet, professeur de philo sophie à Lyon,
celle de Marc Sautet, le promoteur des cafés de philosophie, celle de
Raymond Boudon et de Bernard Bourgeois, membres de la Société française de
philosophie, celle de Noëlle Schulman, enseignante de physique-chimie dans
un collège du département des Yvelines, celle des nageuses olympiques
préparant pour les Jeux d'Atlanta un spectacle destiné à évoquer
l'Holocauste et celle de l'hebdomadaire corse U Ribombu, organe d'un
mouvement autonomiste corse, prenant parti pour R. Garaudy et l'abbé
Pierre. Ainsi qu'on l'a vu plus haut, l'ultra-gauche et la gauche
libertaire ont été saisies d'une frénésie d'accusations mutuelles et
d'auto-accusations. La loi Fabius-Gayssot a été remise en question, sauf
par les communistes lignards Jean-Claude Gayssot et Charles Lederman.
Une foule d'hommes politiques sont intervenus, la plupart du temps avec le
souci d'insulter les révisionnistes, privés, comme d'habitude, de tout
droit de réponse à la vague déferlante des attaques, des calomnies, des
diffamations. Les porte-parole de la communauté juive ont entonné à nouveau
leurs couplets sur la résurgence de la bête immonde ; ils ont exprimé leur
colère, sentiment dans lequel, apparemment, ils se plaisent à vivre.

Une conséquence positive: l'aveu de Jacques Baynac

Jacques Baynac, âgé de 57 ans, est un historien orthodoxe, marqué à gauche.

Il est l'auteur de Ravachol et ses compagnons (1976), Mai [1968] retrouvé
(1978), Les Socialistes révolutionnaires russes (1881-1917) (1979), La
Révolution gorbatchévienne (1988). Anti révisionniste convaincu depuis
toujours, il a collaboré avec l'historienne Nadine Fresco, jusque dans les
colonnes du Monde, à la dénonciation, en particulier, de R. Faurisson et de
P. Guillaume. Je me souviens d'une algarade personnelle avec lui, à Paris,
en octobre 1980.

Or, les 2 et 3 septembre, Le Nouveau Quotidien (de Lausanne) publie une
longue étude, très informée, sur le révisionnisme à la lueur, si l'on peut
dire, de l'affaire Garaudy/abbé Pierre. J. Baynac y affirme que les
révisionnistes, qu'il appelle négation nistes, ont tout lieu de se
réjouir de ce scandale qui a changé l'atmosphère en leur faveur. Il
note que, chez les adversaires des révisionnistes, le désarroi a succédé
à la consternation, que Pierre Vidal-Naquet se désole, que
Bernard-Henri Lévy s'affole, que Pierre-André Taguieff s'effraie et
que, depuis le début de l'affaire Faurisson en 1978-1979, les
historiens ont préféré se dérober : ils se sont défilés. Il reproche à
ces historiens d'avoir fait confiance à Jean-Claude Pressac, un pharmacien,
un historien amateur . Il considère que, pour prouver l'existence des
chambres à gaz nazies, on a trop eu recours aux témoignages, ce qui est
ascientifique. Quant aux preuves scientifiques, il commence par
rappeler le constat de l'historien juif américain Arno Mayer en 1988:
Les sources dont nous disposons pour étudier les chambres à gaz sont à la
fois rares et peu sûres. Puis, allant plus loin, il dit qu'il faut avoir
la franchise de reconnaître qu'en fait de documents, de traces ou d'autres
preuves matérielles prouvant l'existence desdites chambres à gaz, il n'y a
tout simplement rien! Il croit, pour finir, que les historiens devraient
désormais s'efforcer à l'avenir d'explorer une autre voie: puisqu'il est
décidément impossible de prouver que ces chambres à gaz ont existé,
J. Baynac suggère que les historiens cherchent à prouver qu'il est
impossible qu'elles n'aient pas existé!

Cette prise de position n'est pas vraiment nouvelle pour les connaisseurs.

Depuis plusieurs années, des historiens orthodoxes ont tenu des propos
analogues ou se sont comportés comme s'ils cherchaient à se débarrasser de
ces encombrantes chambres à gaz. Mais c'est probablement la première fois
qu'un historien orthodoxe fait ainsi publique ment des aveux d'une telle
candeur (pour plus de détails, voy. Robert Faurisson, Un historien
orthodoxe admet enfin qu'il n'y a pas de preuves des chambres à gaz
nazies, 2 et 3 septembre 1996).

Une dure leçon, un progrès

Deux octogénaires, qui croyaient connaître la vie et les hommes, ont
découvert soudainement, et avec une surprise d'enfants, qu'en réalité leur
existence passée avait été, en somme, facile. Tous deux, en quelques jours,
ont eu à affronter une épreuve exceptionnelle : celle que les organisations
juives ont pour habitude d'infliger aux individus qui ont le malheur de
provoquer leur colère. Il n'y a là, de la part de ces organisations, ni
complot, ni conjuration mais comme un réflexe ancestral. Les médias, qui
sont à leur dévotion et à qui il peut coûter très cher de les contrarier,
savent se mobiliser contre les antisémites, c'est-à-dire contre des
personnes qui, sauf exception, ne haïssent pas les juifs mais sont haïes
par les juifs. La haine vétéro-testamentaire est l'une des plus redoutables
qui soient: anxieuse, fébrile, frénétique, illimitée, elle suffoque ses
victimes par la soudaineté et la durée de sa violence. Elle est
inextinguible parce que ceux qui l'éprouvent ne peuvent pas se permettre
d'en révéler le vrai motif et de soulager ainsi, au moins en partie, leur
fureur. Par exemple, on a, pendant des mois, cherché querelle à R. Garaudy
sur son estimation minimisante du nombre des juifs qui sont morts
pendant la seconde guerre mondiale. Mais ce n'était qu'affectation. Le vrai
motif était ailleurs ; il était dans la mise en doute sacrilège de
l'existence des chambres à gaz. Cependant, révéler cette mise en doute,
c'était prendre le risque de faire naître ce doute dans le grand public ou
de l'accroître. D'où la nécessité de parler d'autre chose. Dès le 27 avril,
j'écrivais:

Je note jusqu'ici la timidité, pour ne pas dire le quasi-silence, des
journalistes sur le sujet des chambres à gaz. Tous auraient dû,
sur-le-champ, dénoncer le profond scepticisme de Garaudy en la matière.
Mais telle est précisément la caractéristique du tabou : ceux qui ont
pour mission de le préserver n'osent pas même révéler qu'il a été
profané. Garaudy a pénétré dans le saint des saints et il a découvert que
le tabernacle censé contenir la magique chambre à gaz était vide. Taisons
la nouvelle!

Cette observation, qui date du 27 avril, est restée valable pour tous les
mois qui ont suivi.

En ce qui concerne l'abbé Pierre, on s'est livré au même manège. On a
tempêté contre son prétendu antisémitisme et contre son entêtement à
soutenir un vieil ami qui s'était égaré; en réalité, son crime a été de
réclamer un débat et de le réclamer avec insistance et ingénuité. Agir
comme le faisait le vieil homme, c'était d'abord révéler au grand public
qu'il n'y avait précisément pas de débat; ensuite, c'était placer les
histo riens, les journalistes et les responsables des organisations juives
dans la plus inconfor table des positions: celle d'avoir à forger de
minables prétextes pour fuir un débat dont on avait manifestement peur
comme de la peste.

R. Garaudy et l'abbé Pierre ont une haute idée d'eux-mêmes ; leurs écrits
ou leurs propos respirent la fausse humilité; ils parlent un peu trop du
c ur, de leur c ur; ils s'affirment volontiers épris d'absolu, ce qui
est beaucoup, et ils se disent animés de la même passion du vrai, ce
qui est présomptueux. En la circonstance, il leur est arrivé de fortement
maltraiter la simple vérité.

L'épreuve soudaine qu'ils ont eue à subir en fin de vie devrait les amener
à plus de modestie. Comme on dit dans le langage de tous les jours, ils ont
craqué. R. Garaudy a le mérite de continuer son combat mais il ne peut
plus l'appeler un combat pour toute la vérité puisque, par peur et par
opportunisme, il en est venu, selon les circonstances, soit à fortement
atténuer, soit à totalement abandonner le combat pour la vérité historique
sur ce qu'il appelait, dans son livre, le mythe de l'Holocauste. Quant à
l'abbé Pierre, il en est venu à abandonner toute dignité. Personnellement,
je ne puis leur en faire vraiment grief parce que je suis payé pour savoir
ce qu'il en coûte d'affronter les forces de la haine, du mensonge ou de la
bêtise dans le domaine limité de la recherche historique. Mais je regrette
que l'affaire Garaudy/abbé Pierre ait, en fin de compte, pris cette
tournure. Je le regrette pour les deux intéressés et pour les
révisionnistes français, quoique, pour le révisionnisme lui-même, cette
affaire ait, en dépit de tout, marqué un nouveau progrès, à l'échelle du
monde entier, dans la recherche de la vérité historique.
C'est ainsi que, pour la première fois depuis 1945, un historien orthodoxe
s'est vu contraint d'admettre qu'il n'y a aucune preuve de l'existence des
prétendues chambres à gaz nazies.

BIBLIOGRAPHIE

- Roger GARAUDY, Les Mythes fondateurs de la politique israélienne,
paru en numéro spécial, hors commerce, de la revue La Vieille Taupe, n 2,
décembre 1995, 240 p.

- Roger GARAUDY, Les Mythes fondateurs de la politique israélienne,
Samiszdat Roger Garaudy, 1996 [mars], 279 p.; sans en prévenir le lecteur,
l'auteur a sensible ment modifié son texte pour en atténuer le caractère
révisionniste. On comparera, par exemple, les pages 119-120 de la première
édition avec les pages 134-135 de la seconde édition. Il n'y a pas de
bibliographie, sinon, sous la dénomination de bibliographie, une liste
des ouvrages du même auteur ainsi qu'une liste des études qui lui ont été
consacrées.

- Roger GARAUDY, Le Communisme et la morale, Éditions sociales, 1945,
126 p.; cet opuscule, qui s'ouvre, en guise de préface, sur un long
extrait d'un texte de Maurice Thorez (secrétaire général du Parti
communiste français), permet de faire le point sur le communisme orthodoxe
de l'auteur en 1945.

- Roger GARAUDY, Parole d'homme, Robert Laffont, 1975, 269 p.; cet
ouvrage permet de faire le point sur la personnalité de l'auteur et sur ses
idées en 1975.

- Michel-Antoine BURNIER et Cécile ROMANE, éditions Mille et Une
Nuits, collec tion Les petits libres, n 11, 1996 [juin], 48 p. in-16;
les auteurs révèlent que, dans un ouvrage qu'ils avaient publié en 1993 aux
éditions Robert Laffont, ils avaient jugé bon de censurer certains propos
de l'abbé Pierre.

- Collectif (Pierre Rabcoz, François-Georges Lavacquerie, Serge
Quadruppani, Gilles Dauvé, Reflex) Libertaires et ultra-gauche
contre le négationnisme, préface de Gilles Perrault, 1996 [juin], 111 p.

- Pierre-André TAGUIEFF, L'abbé Pierre et Roger Garaudy.
Négationnisme, antiju daïsme, antisionisme, Esprit, août-septembre 1996,
p. 205-216.

- Roger GARAUDY, Droit de réponse/ Réponse au lynchage médiatique de
l'abbé Pierre et de Roger Garaudy, Samiszdat Roger Garaudy, 1996, 38 p.

- Le n 47 du bimestriel Golias Magazine (mai 1996), organe de
catholiques de gauche ou d'extrême gauche.

- La Croix, 23 juillet 1996; cette livraison contient le
Communiqué à La Croix du 22 juillet (je décide de retirer mes
propos), le texte d'une lettre A Roger Garaudy, le 22 juillet 1996,
ainsi que des extraits d'une circulaire de quatre pages, rédigée en juillet
1996 à l'abbaye de Praglia et intitulée Réponse à un inconnu .
L'intégralité de cette circulaire n'a nulle part été reproduite. La Croix
en a édulcoré le contenu par d'habiles coupures dont l'une, non signalée,
est particulièrement malhonnête. Les propos de l'abbé Pierre sur la mise en
examen de R. Garaudy, due à une plainte de la LICRA, et sur la loi Gayssot
sont passés sous silence. Ils constituent le seul passage où l'abbé fait
preuve de caractère, quand il écrit:

"La LICRA a attaqué [R. Garaudy] en justice; je suis tenté de dire:
tant mieux! Mais j'ai compassion pour les juges qui auront à décider
en fonction d'une loi, dite Gayssot, déclarée par Simone Veil loi qui
affaiblit la vérité historique en essayant de lui donner valeur légale.
Loi contre laquelle votèrent, avec Chirac, Juppé, Deniau, Jean de Gaulle,
Barre, Balladur, les actuels ministres de la Justice et de l'Intérieur
Debré, et plus de 250 députés, membres aujourd'hui de la majorité. Certes
les termes de la loi Gayssot sont si nouveaux, et si absurdes, qu'ils
placent les juges dans une position impossible, selon les propos de
Monsieur Toubon [le 21 juin 1991] déclarant cette loi inapplicable."

- Le Nouveau Quotidien de Lausanne, 2 septembre et 3 septembre 1996;
ces deux livraisons comportent une longue étude de Jacques Baynac,
intitulée Le débat sur les chambres à gaz.

- Robert FAURISSON, Un historien orthodoxe admet enfin qu'il n'y a
pas de preuves des chambres à gaz nazies; ce texte, daté 2 et
3 septembre 1996 , peut être consulté sur Internet
(http://www.abbc.net/aaargh/fran/div/div.html) ; il porte sur l'étude,
susmentionnée, de J. Baynac.




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